De l’abonnement littéraire à la maison d’édition

Lettre Zola est née avec un concept original : recevoir régulièrement de courts textes littéraires directement chez soi, sous la forme d’un abonnement. En 2026, l’aventure prend une nouvelle dimension avec la création d’une maison d’édition. Retour sur cette évolution avec Louis Vendel, éditeur chez Lettre Zola.

Rencontre avec Louis Vendel, éditeur

Le nom « Lettre Zola » évoque à la fois la littérature et l'idée de correspondance. Que représente-t-il pour vous aujourd’hui ?

Cette évocation  dit exactement ce que nous cherchons à faire : publier de la littérature tout en utilisant l’univers de la correspondance pour créer une forme de régularité, voire de rituel de lecture.

Une Lettre Zola n’est pas seulement un livre que l’on choisit sur une table de librairie, c’est aussi un texte qui arrive directement chez nos lecteurs et lectrices, de façon mensuelle, presque comme si quelqu’un leur avait directement adressé.

J’aime beaucoup cette idée d’une littérature qui vient à la rencontre des lecteurs et lectrices. Et puis Zola renvoie évidemment à une certaine tradition de la littérature du réel : une littérature attentive au monde, à ses transformations, à ses tensions et à ses enjeux.

Lettre Zola est d’abord née comme une formule d’abonnement. Comment est née cette idée ? Qu’est-ce qui vous a donné envie d’imaginer une autre manière de faire découvrir la littérature, à travers des textes courts et un rendez-vous régulier avec les lecteurs ?

Il me semble que beaucoup de gens aiment profondément lire, mais ont de plus en plus de mal à trouver le temps, l’attention ou même le réflexe d’ouvrir un livre. Nous voulions imaginer une expérience qui redonne une place très concrète à la lecture dans le quotidien.

L’abonnement permet cela : chaque mois, un livre arrive directement dans votre boîte aux lettres, sans que vous ayez à le choisir, et devient une sorte de rendez-vous.

Il y a quelque chose de très précieux dans cette surprise et dans cette régularité. Notre ambition est de créer un rituel de lecture intime, loin du bruit et des écrans, tout en faisant découvrir des écrivains et des textes que les lecteurs et lectrices ne seraient peut-être pas allés chercher eux-mêmes.

Pourquoi avoir choisi le format du court texte littéraire ? Qu’est-ce que ce format permet de faire que le roman ne permet pas nécessairement ?

Je crois que le texte court est une forme de littérature à part entière, avec une intensité et une liberté particulières. Il permet à un écrivain de partir d’une rencontre, d’un souvenir, d’un voyage, d’une obsession, parfois d’un fait très contemporain, et de le pousser très loin sans avoir à lui donner artificiellement l’ampleur d’un roman.

Pour le lecteur, c’est aussi une promesse importante : on peut entrer dans une œuvre et aller jusqu’au bout en une ou deux heures. Cela n’empêche ni l’ambition littéraire ni la profondeur. Au contraire, la contrainte oblige souvent à une grande densité.

Comment choisissez-vous les textes et les auteurs publiés chez Lettre Zola ? Quels sont vos critères de sélection ? Cherchez-vous avant tout une voix, une écriture, ou une forme particulière ?

Il n’y a pas de formule, et c’est essentiel. Nous publions des auteurs très différents, de Blandine Rinkel à Mathieu Palain, de François-Henri Désérable à Maylis Besserie, Diadié Dembélé, Salma El-Moumni, Paul Gasnier ou Ramsès Kefi. Ce que nous cherchons d’abord, c’est un texte qui nous fasse voir quelque chose autrement.

Cela passe évidemment par une voix et une écriture, mais aussi par un sujet, une intention, une construction. Nous sommes particulièrement attachés au fait de publier de jeunes auteurs et autrices, mais également à la littérature du réel, au sens très large : des textes qui partent du monde, d’une expérience vécue, d’une enquête, d’une rencontre ou d’un territoire et qui les transforment par la littérature. Et nous essayons surtout de préserver la surprise : que deux Lettre Zola successives ne se ressemblent jamais tout à fait.

En 2026, Lettre Zola devient une maison d’édition. Pourquoi cette évolution aujourd’hui ? Qu’est-ce qui vous a conduit à franchir ce cap ?

En réalité, nous faisions déjà un travail d’éditeur depuis le début ! Nous commandions des textes inédits, nous les travaillions avec les auteurs, nous les fabriquions et nous les diffusions.

Ce qui change en 2026, c’est que Lettre Zola entre en librairie. Après plus de deux ans d’existence et trente textes publiés, nous avons eu envie que ces livres puissent continuer leur vie au-delà du seul abonnement et rencontrer de nouveaux lecteurs. À partir du 1er octobre, nos titres sont donc également diffusés par le CDE, tout en conservant l’abonnement au cœur du projet. Pour nous, les deux modèles sont complémentaires : la librairie permet de découvrir des titres, l’abonnement permet de vivre l’expérience Lettre Zola dans sa continuité.

Quels sont les projets à venir chez Lettre Zola ?

D’abord, réussir cette entrée en librairie sans perdre ce qui fait la singularité du projet. Ensuite, si nous parvenons à installer durablement notre modèle et cette collection, peut-être pourrons-nous en lancer d’autres !